#96 – CSM et Revenus : Comment vendre sans trahir la relation client avec Marion Belouard, Head of Customer Success @Wiztrust

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Parler d’argent en tant que CSM reste un tabou dans beaucoup d’équipes. On craint de casser la confiance, de passer pour un commercial, de dénaturer la relation. Marion, ancienne Sales devenue Head of Customer Success chez Wistrust pendant cinq ans et fondatrice de la newsletter CS Revenu, défend une position claire : cette autocensure coûte cher, autant aux CSM qu’à leurs clients.

« Il faut aller chercher des revenus sur les clients actuels. C’est devenu de plus en plus le rôle des CSM. Par contre, on n’a pas obligatoirement formé les équipes sur cette partie. »

Pourquoi les CSM n'osent pas parler d'argent

Deux blocages reviennent systématiquement. Le premier est la peur de casser la posture de « trusted advisor » : on redoute qu’évoquer un prix détériore la relation. Or, les clients savent qu’ils achètent quelque chose. Quand on parle de valeur, on parle de valeur en fonction d’un prix ; les deux vont ensemble.

Le second blocage est la projection de sa propre relation à l’argent. Un CSM peut trouver un montant élevé parce que c’est beaucoup à titre personnel, alors que pour un grand groupe, c’est une ligne insignifiante rapportée à la valeur générée. Le réflexe : toujours lier le coût au résultat obtenu pour le client.

Ce qu'il faut prendre aux Sales (et ce qu'il faut absolument leur laisser)

L’objectif n’est pas de transformer les CSM en commerciaux. Les deux rôles sont complémentaires. En revanche, plusieurs réflexes commerciaux méritent d’être adoptés : oser proposer sans attendre que le client demande, accepter le refus comme source d’information, et cultiver la résilience face aux réponses négatives.

« Les meilleurs experts, et ceux qui génèrent le plus de revenus, sont les gens qui se prennent le plus de refus au quotidien. Plus on me dira non, plus on me dira oui aussi. »

Ce qu’il faut laisser aux Sales : la vision court-termiste centrée sur le closing trimestriel. Le CSM garde une perspective à long terme et peut conseiller de ne pas acheter si ça n’a pas de sens. Perdre un client dans deux ans pour une vente forcée aujourd’hui n’est jamais rentable.

Détecter les opportunités sans autocensure

Le piège classique : le CSM connaît tellement bien son client qu’il trouve toujours une raison de ne pas proposer. « Ce n’est pas le moment, il y a un projet en cours, un irritant à résoudre. » Cette autocensure fait passer à côté d’opportunités réelles, car le client travaille sur plusieurs sujets en parallèle et peut benchmarker une solution que son CSM n’a jamais pensé à lui proposer.

La clé est de poser des questions, y compris celles qui semblent évidentes après des années de relation. Une question efficace : « Si vous aviez une baguette magique, qu’est-ce que vous feriez ? » Elle lève les freins que le client s’impose et fait émerger le besoin réel derrière la demande apparente.

Transformer un client chronophage en opportunité

Face à un client qui consomme plus que son contrat, la technique : dire oui en recadrant. « Avec plaisir. Par contre, vous aviez deux formations dans votre pack, on en est à cinq. Celle-ci, aucun problème. Pour les suivantes, il faudra passer sur le pack supérieur ». Soit le client accepte et devient un compte premium, soit il prend conscience du cadre et ajuste ses demandes.

« Ne restez pas dans une situation où le client ne valorise pas le temps que vous lui accordez parce que vous ne lui avez pas rappelé la valeur de ce temps. »

La dimension revenu n’est pas un ajout au rôle du CSM, elle en fait partie intégrante.

Ce qu'il faut retenir

  • Les clients savent qu’il y a une relation marchande. Parler de prix fait partie de la confiance, pas l’inverse.
  • L’autocensure (« ce n’est pas le moment ») est le principal frein à la détection d’opportunités. Au pire, le client dit non et on récupère de l’information.
  • Ne jamais envoyer un devis sans appel budget préalable : un client qui refuse 15 minutes de discussion a très peu de chances d’acheter.
  • Les clients satisfaits sont les meilleurs vendeurs : demander des mises en relation ciblées multiplie les résultats.
  • Un client chronophage est une opportunité déguisée : recadrer le périmètre contractuel transforme du temps subi en revenu assumé.

Outils et ressources recommandées par Marion

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